Un autre mystère – La montre de Montcalm

Je l’ai trouvé dans mes recherches sur Internet en allant dans le coin de Roberval!

BIOGRAPHIE:

Devenu soldat à l’âge de 17 ans (grenadier au régiment de Berry). Aide du Général Montcalm. Décédé lors d’une excursion de pêche sur le St-Laurent; son corps a été retrouvé environ 1 mois plus tard à l’Île Madame, près de l’Île d’Orléans.

Jean Jamme dit Bellegarde

Le lac Saint-Jean. – Un des derniers fascicules du Bulletin de la Société de Géographie de Québec (tome XIII, 1919, juillet-août, p. 229) contient de sommaires, mais cependant très curieuses informations sur les débuts de la colonisation autour du lac Saint-Jean. Dès le XVe siècle, les relations du P. Crespieul signalent quelques essais de culture autour de la chapelle de sa mission de Métabetchouan ; mais nous ne pouvons savoir combien de temps, ils durèrent, et c’est seulement au milieu du XIXe siècle que de véritables colons commencèrent à défricher la terre à l’endroit où s’élève maintenant Roberval.

Thomas Jamme

Or, les pionniers du lac Saint-Jean, Thomas Jamme en 1855 et son frère Ambroise l’année suivante, sont les descendants de ce soldat français Jean Jamme, dit Bellegarde, qui fut l’ordonnance de Montcalm et qui, au soir du 13 septembre 1759, reçut le dernier soupir de son général.

On sait quel superbe témoignage le marquis de Montcalm mourant rendit à Jean Jamme: « Je n’ai pas de parents ici, dit-il, mais tes soins pour moi ont été ceux d’un fils ». Puis, tendant sa montre à son ordonnance, il ajouta : «Prends cet objet qui m’était cher; il te rappellera que ton général a été content de toi jusqu’à son dernier soupir» (Alphonse Désilets : Les commencements (F. H. colonie).

LA MONTRE DE MONTCALM

Le jeudi 13 septembre 1759, quelques officiers du camp de Beauport aperçurent, dès sept heures du matin, des soldats anglais aux uniformes écarlates sur les hauteurs de Mont Plaisant et de cette partie du coteau Sainte-Geneviève où s’élève aujourd’hui le faubourg Saint-Jean, Montcalm, surpris de cette soudaine apparition, réunit en toute hâte les hommes dont il pouvait disposer, et les mit aussitôt en marche vers Québec.

Après quelques pourparlers avec Ramezay, pour organiser la défense de la ville du côté le plus immédiatement menacé, le général fit ranger ses troupes en dehors des murs, sur les terrains vacants connus sous le nom de Plaines d’Abraham. Arrivé au sommet des Buttes-à- Neveu, il s’aperçut que les Anglais commençaient à se fortifier en appuyant leur droite sur la petite colline occupée aujourd’hui par la prison. Il résolut alors de commencer immédiatement l’attaque, bien que ses hommes fussent fatigués par une marche rapide assez longue et que le meilleur de ses troupes ne fût pas rendu sur les lieux.

Blessé légèrement dès les premières décharges de l’ennemi, Montcalm au coteau Sainte-Geneviève où s’élève aujourd’hui le faubourg Saint-Jean. paraît avoir voulu rentrer dans la ville, probablement pour en faire sortir un détachement d’artillerie. Il chevauchait sur la Grande-Allée, non loin de l’endroit où s’élève aujourd’hui le Palais Législatif, lorsqu’une balle l’atteignit dans les reins. Cette fois, il se sentit sérieusement frappé, et serait tombé de cheval sans le secours que lui portèrent immédiatement deux
ou trois soldats qui se trouvaient près de lui. Ceux-ci le maintinrent en selle jusqu’à ce qu’il fût arrivé en face d’une maison assez spacieuse de la rue Saint-Louis où résidait le chirurgien Arnoux.

Le long de la route, des femmes, voyant le général ainsi soutenu par quelques hommes, et jugeant qu’il devait être mortellement blessé, éclatèrent en sanglots en s’écriant : – (Oh ! mon Dieu, mon Dieu, le marquis est tué !) Montcalm, s’efforçant de sourire, leur dit, avec sa grâce ordinaire :

– « Ce n’est rien, mes bonnes amies ; ne vous affligez pas ainsi pour moi ».

Il ne fallait pas songer à conduire le blessé jusqu’à sa résidence des remparts : mieux valait lui épargner les souffrances et les dangers du trajet. On résolut de s’arrêter chez M. Arnoux, où des soins immédiats pouvaient lui être donnés.

Un des militaires qui soutenaient le général le prit dans ses bras, et, avec des précautions infinies, le déposa sur un lit dressé à la hâte dans une vaste pièce du rez-de-chaussée de la maison du chirurgien. Ce militaire – un vigoureux jeune homme âgé de vingt-cinq ans – avait appartenu au régiment de Berry (alors dans la région du lac Champlain, sous le commandement de Bourlamaque) et faisait probablement partie de l’ordonnance comme attaché à la personne du général. Il était né à Saint-Louis de Versailles en 1732, et se nommait Jean Jamme dit Bellegarde.

On s’empressa autour du général, qui donna quelques ordres, puis s’entretint longuement avec un personnage ecclésiastique (peut- être Monseigneur de Pontbriand), accouru en toute hâte auprès de lui.

Montcalm refusa de prendre la responsabilité de décider quoi que ce fût relativement à la situation de l’armée, se contentant d’exprimer sa confiance dans l’habileté du chevalier de Lévis. Il voulut cependant dicter à son secrétaire une dépêche, qui fut envoyée à Townshend, et où se révélait sa sollicitude pour ses soldats, malades, blessés ou prisonniers.

Wolfe, le général anglais, avait été tué dès le commencement de l’action.

Montcalm mourut en soldat et en chrétien, après avoir reçu les derniers sacrements de l’Église avec la foi la plus vive. Arnoux (frère cadet ou neveu du chirurgien de ce nom, et chirurgien lui-même,) ne cacha pas au général que la mort approchait rapidement. Le héros demanda alors qu’on le laissât seul son Dieu ; mais auparavant, il prit sa montre, pour lui désormais inutile, et, la tendant à Bellegarde, qui pleurait à ses côtés :

– « Je n’ai pas de parents ici, dit-il, mais tes soins pour moi ont été ceux d’un fils ; prends cet objet qui m’était cher : il te rappellera que ton général a été content de toi jusqu’à son dernier soupir. »
La fatale journée du 13 septembre 1759 achevait de s’écouler : la montre marquait près de minuit.

À cinq heures du matin, vendredi, le 14, tout était fini.

Le soir même du 14 septembre, à neuf heures, à la lueur des flambeaux, on déposa la dépouille du vainqueur de Carillon dans le caveau de la chapelle des Ursulines. (Les cloches restèrent muettes, le canon ne résonna point, et les clairons furent sans adieu pour le plus vaillant des soldats).

Jean Jamme dit Bellegarde ne fut pas renvoyé en France avec le régiment de Berry, dont il avait été détaché. Il se maria à Québec, le 23 octobre 1761, avec Marie-Françoise Garrigue, (ou Guéry, ou Ouéry.) veuve de Louis Dupuis, et devint le père d’une assez nombreuse postérité. Ses descendants, établis dans diverses parties du Canada et des États-Unis, ont conservé fidèlement les traditions qui se rattachent à sa personne. C’est ainsi qu’une dame âgée, Madame Laflamme, petite-fille de Jamme dit Bellegarde disait, il y a quelques années, que son grand-père était né dans la paroisse » même du roi de France : que de la maison où avait vécu son aïeul on voyait le palais du roi. Or Bellegarde était né à Versailles, et l’on sait que de toutes les parties de cette ville on aperçoit le palais qu’habitèrent les derniers rois de l’ancien régime. Cette dame racontait aussi que son ancêtre portait toujours sur lui une montre d’un grand prix que Montcalm, sur son lit de mort, lui avait laissée en souvenir.

J’ai recueilli les mêmes traditions des lèvres de plusieurs personnes du comté de Bellechasse.

Le lecteur fera aisément la distinction entre ce qui est de vérité absolue et ce qui de simple vraisemblance dans les lignes qui précèdent. Le fond de la légende de la montre de Montcalm me paraît absolument authentique.

Parmi les hommes de notre société canadienne que la France contemporaine a voulu honorer d’une distinction spéciale se trouve un descendant de Jean Jamme dit Bellegarde, – Monseigneur J.-C.-K. Laflamme, protonotaire apostolique, professeur de sciences et ancien recteur de l’Université Laval, créé chevalier de la Légion d’Honneur à l’occasion de l’inauguration du monument Champlain, à Québec, le 21 septembre 1898, sur recommandation du consul général de France au Canada. En choisissant Mgr Laflamme, parmi les membres d’un comité nombreux, pour être un de ceux qui devaient recevoir un titre honorifique du gouvernement de son pays, Monsieur Kleczkowski a été bien inspiré à plus d’un point de vue ; on pourrait ajouter qu’il semble avoir été guidé par une sorte d’instinct patriotique en attachant la croix d’honneur sur la poitrine de l’un des descendants du fidèle soldat de la vieille France que Montcalm expirant décora lui-même d’une façon si touchante.

Et maintenant, qu’est devenue la montre de Montcalm ? Je cède la parole à qui pourra le dire.

L’article qui précède ayant été publié dans le Journal du 25 novembre 1901, je reçus, quelques jours après, une lettre de mon ami l’honorable juge Baby, contenant les précieux renseignements que
l’on va lire:

Il existait autrefois, à Québec, une famille du nom de Ainslie Young. bien connue pour ses longs démêlés avec la Législature du temps.

M. Ainslie Young était inspecteur ou receveur général, je crois. Il épousa une Délie Baby, fille de l’honorable Frs Baby et de Marie- Anne Tarieu Lanaudière. De ce mariage naquirent plusieurs enfants, entre autres John, qui étudia le droit et devint avocat. Il habitait Québec, rue Saint-Louis, en dedans des murs. Comme il était mon parent assez rapproché, et qu’il demeurait à quelques pas seulement de mon propre domicile, je le visitais fort souvent. Chez lui, il y avait, entre autres objets alléchants pour un collectionneur, deux magnifiques pistolets montés en argent, artistement ciselés, et aussi une montre d’or d’assez fortes proportions. Elle était à deux boîtiers, et d’un côté portait les armes de Montcalm, ainsi que je pris la peine de le vérifier, du moment que mon cousin m’eut assuré que cette montre venait du vaillant capitaine français.

Plusieurs fois il m’a été donné de tenir ces objets dans mes mains et de les admirer avec cet enthousiasme et ce respect que m’inspiraient mes vingt ans ! Je les convoitais bien fort, cela va de soi !

En 1853, dans la soirée d’un jour d’automne, un incendie éclata chez Young, près de sa chambre à coucher, où il conservait précieusement ces reliques estimées. Le feu endommagea considérablement le contenu de cette pièce, et montre et pistolets disparurent, sans avoir jamais été retrouvés.

Sont-ils devenus la proie des flammes ou des voleurs? je ne puis le dire. Toutes les recherches de Young pour s’en assurer sont demeurées infructueuses. Ce Monsieur appréciait infiniment ces objets de famille, – je dis de famille, car il les tenait de son aïeul, venu au pays avec Wolfe. Maintenant, était-ce là la montre que Montcalm avait donnée, de sa main défaillante, à Bellegarde, ou une autre également sa propriété? Je laisse à d’autres la réponse.

« G. B. »

(Montréal, 27 novembre 1901).

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