Le temps des Fêtes chez mes grands-parents maternels

Texte  de  Lise-Andrée  Morin

Quelques jours après Noël, mes parents faisaient les valises pour aller passer la période du jour de l’An chez mes grands-parents à St-Basile dans la vieille maison paternelle.

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Nous partions de Charlesbourg en autobus jusqu’à la gare centrale de Québec. Quel plaisir nous avions de prendre le train.

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Mes parents étaient pauvres et les sorties très rares. Le voyage se faisait dans la joie et nous avions hâte de passer sur le pont de Pont-Rouge pour voir l’eau tourbillonnante de la rivière Jacques Cartier se précipiter avec fureur sous le pont. C’était très haut et un petit frisson de peur et de plaisir tout à la fois nous traversaient.

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À l’arrivée à St-Basile, mon grand-père et mon oncle nous attendait avec les carrioles pour nous amener à la maison paternelle. Le froid était piquant, nos joues rougies par le froid, pendant le trajet nous savourions le plaisir de voir les chevaux trottés gaiement vers l’écurie. Grand-mère nous attendait avec son merveilleux sourire et ses bisous. Nous montions au deuxième étage pour rejoindre nos chambres qui étaient constitués de grands lits avec des matelas de plumes. Nous nous enfoncions là-dedans en riant. De grandes peaux de fourrure nous protégeaient du froid. Seul un poêle à bois entretenu religieusement par mon grand-père dans les grands froids d’hiver réchauffait la maison. Des grandes grilles au plancher laissaient pénétrer la chaleur. Ces vieilles maisons étaient isolée avec du brin de scie. Après s’être changé de vêtements, nous partions pour l’étable où tous les animaux y étaient réunis pour l’hiver. J’ai toujours aimé l’odeur dégagée par les chevaux et les vaches dans une étable.

Grand-mère cuisinait sur un poêle à bois. Elle se préparait pour le temps des Fêtes des mois à l’avance. Grand-mère était la deuxième femme de mon grand-père. Il avait eu deux enfants avec sa première femme. Ses deux enfants du premier lit ont eu chacun 12 enfants. Ils demeuraient dans le village voisin qui s’appelait Portneuf à quelques kilomètres de la maison.

Dans le deuxième lit, mon grand-père a eu 4 enfants. J’étais l’aînée des petits-enfants du deuxième lit.

Si on additionne les conjoints et les partenaires des petits-enfants du premier lit. Nous étions environ 80 personnes pour le souper du jour de l’An. Ma mère et ses sœurs aidaient aux derniers préparatifs. Les hommes montaient les tables sur des tréteaux et apportaient les bancs pour s’asseoir aux tables.

Le matin du Jour de l’An après le petit déjeuner, grand-père et le frère de Maman préparaient les carrioles pour le départ pour la messe. Les voitures attelées contenaient des grosses peaux pour nous tenir au chaud. Grand-père installait des briques chaudes pour nos pieds. Dans l’attelage des chevaux, il plaçait des grelots. Nous attendions les carrioles de nos voisins qui étaient parents avec nous et nous partions en file pour le village situé à deux milles de là.

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Source : Côté Jardins

Tout le long du voyage, nous chantions des chansons du jour de l’An. En arrivant, les chevaux allaient dans un hangar et l’on mettait une couverture sur leur dos pour qu’ils ne prennent pas froid.

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Après la messe, au retour, nous étions emmitouflés sous les couvertures pour demeurer bien au chaud.

Arrivés à la maison, les femmes et enfants s’y réfugiaient. Les hommes repartaient avec les voitures pour la tournée du jour de l’An. Ils allaient de maison en maison souhaiter la Bonne et Heureuse année. Chacun était invité à entrer tout en se faisant offrir un petit verre pour se réchauffer. Cette tournée durait quelques heures. Heureusement, les chevaux savaient retrouver le chemin de l’écurie…

Pendant ce temps, les femmes dressaient les tables et donnaient un coup de main pour la finalisation du repas du jour de l’An. Vers la fin de l’après-midi, les carrioles des oncles et tantes de Portneuf arrivaient. Les chevaux étaient dételés et amenés à l’écurie où les attendait un picotin d’avoine. La maison était remplie de rires et de souhaits de Bonne Année, de petits becs en pincette des vieux mononcles pas toujours à jeun.

Quand tout le monde était arrivé, le plus vieux des enfants demandait la bénédiction paternelle à grand -père. C’était toujours avec émotion qu’il nous bénissait. Puis le souper à plusieurs tablées commençait. Il fallait servir tout le monde en commençant par les plus jeunes. Pendant ce temps-là, il y avait plusieurs tables à cartes qui étaient montées. On organisait des tournois de cartes, les enfants n’étaient pas admis, on organisait nos propres jeux dans les escaliers. On avait beaucoup de plaisir.

Je me rappelle qu’après le repas, les femmes s’occupaient de nettoyer la vaisselle. Cela durait des heures. Pendant ce temps, les hommes enlevaient les tables et les bancs dans la grande salle à manger pour laisser la place à la danse. Sur les planchers de bois, on mettait de l’acide borique pour les rendre plus glissants. Mon grand-père sortait son violon, mon père son banjo. Le frère de ma grand-mère callait les sets carrés. Les soirées étaient enlevantes et gaies. Mon grand-père y allait d’une petite gigue. Le frère de Maman possédait une voix magnifique, il nous entraînait avec lui dans les chansons traditionnelles du jour de l’An. Puis venait le temps aux oncles et tantes de retourner chez eux. Il fallait sortir pour atteler les voitures. La fatigue aidant, le retour était plus difficile qu’à l’arrivée et surtout que la nuit est toujours plus froide. Chaque conducteur installait des lanternes après sa carriole. Ils partaient en file, les plus jeunes avait encore l’énergie de chanter.

Notre famille avait la chance de demeurer quelques jours chez nos grands-parents, nous aidions à la ferme pour faire le train et nourrir les vaches, les chevaux et les autres animaux. Je savais que je retournerais au Mont d’Youville au retour. Cela me donnait l’occasion de revoir ma famille. Ces jours heureux sont gravés dans ma mémoire. Ce temps-là est passé maintenant. J’ai reçu ma famille par la suite et je comprends tout le travail que s’imposait ma petite grand-mère pour recevoir avec affection toute sa famille. Cette grand-mère a marqué ma vie de façon particulière car elle m’a tout montré. Sa sérénité, sa joie de vivre, sa générosité ont été des modèles pour moi. Malgré les années écoulées depuis sa disparition, elle est toujours présente dans mon cœur et j’y pense très souvent. Parmi les personnes qui ont guidé ma vie, elle a une place particulière et son influence s’exerce encore aujourd’hui.

Une belle année 2016 riche et belle pour tout le monde.

6 réflexions sur “Le temps des Fêtes chez mes grands-parents maternels

  1. Bravo Lison,
    Quelle belle histoire, je la surnommerais la Fabuleuse Histoire! Que de beaux souvenirs et si bien racontée me rappelant toute mon enfance.Je n’ai que cette chanson dans la tête: Dans le bon vieux temps ça se passait de même….tu me donnes envie de turluter et commencer un rigodon….

    Félicitations et mes meilleurs Vœux de Bonne Année!

  2. Merci de vos beaux vœux. Ces souvenirs ont plus de 60 ans…
    Cela me donne aussi le goût de chanter: C’est dans le temps du Jour de l’An, on se donne la main, on s’embrasse…C’est le bon temps d’en profiter cela n’arrive qu’une fois par année.


    Je vous prends virtuellement dans mes bras et je vous offre deux beaux becs en pincette.

    Merci à Pierre, qui a trouvé le pont de Pont-Rouge qui nous faisait frissonner de peur… et merci encore d’avoir su mettre mon texte en valeur…

    Au début de la lecture, je n’avais pas vu le vidéo. Merci…

    À Victoriaville, nous avons de la neige, beaucoup de neige. C’est merveilleux, les traîneaux peuvent virtuellement glisser dans les rues de mes souvenirs…

    Lise-Andrée

  3. Lison,
    Je suis revenue revoir ton beau texte et le vidéo… Quelle bonne idée que Pierre a eue d’ y ajouter ce beau vidéo de Ginette Reno et tous les plaisirs de l’hiver. Vraiment spécial et agréable à voir ce vidéo et entendre cette belle voix. Ton histoire restera fabuleuse!….
    Mes amitiés,
    Denise

  4. J’ai finalement eu le temps de lire cette belle histoire qui m’a rappelé de très beaux souvenirs. Merci Lise-Andrée de nous faire revivre tous ces beaux moments.

    Ghislaine Morin

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