Histoire de la famille Thibault – onzième partie

Texte de Denise Thibault

Durant le même automne, un dimanche en après-midi, une visite à son père à l’hôpital d’Hauterive, son père en était à ses dernières heures. Nous étions deux autos qui se suivaient sur la route de Baie-Comeau et dans un croche dépassé Rivière-Bersimis, nous voyons le char de Jean-Marie qui venait de se faire frapper par une auto qui venait lui faire face….
À suivre…

Nous nous sommes arrêtés, Jacques et sa mère était avec moi dans notre auto. Jacques constata que son frère Jean-Marie, qui était le conducteur, et sa sœur Gilberte étaient morts. Eliette la femme de Jean-Marie assise en avant près de lui était blessée comme les deux autres passagers en arrière, Roch Carrier et sa femme Yvette Charron, une autre sœur de Jacques.

Ils seront transportés à l’hôpital d’Hauterive où, effectivement, on constatera les décès de Jean-Marie et Gilberte à l’arrivée. Les blessés seront hospitalisés, tous avec des jambes cassées. Roch Carrier, le beau-frère, perdra une jambe. Une autre sœur de Jacques, Pierrette Charron, était au même moment hospitalisée, elle devait accoucher dans les heures.

Donc, Jacques perdra Jean-Marie, son frère et parrain, sa sœur Gilberte, la femme de James Hickey, faisant du même coup : 17 orphelins. Son père mourra dans les jours suivants ce qui faisait trois mortalités. Deux jours plus tard, Roch et Yvette toujours hospitalisés apprennent par leurs enfants que la maison a passé au feu en pleine nuit et qu’ils ont dû sauté du 2e étage pour se sauver…

Quelle catastrophe en si peu de temps, une perte totale de tous leurs biens.

Notre évêque leur rend une visite à l’hôpital pensant les consoler en leur disant que : « Dieu éprouve ceux qu’Il aime… »

Yvette lui répond : « Qu’Il en aime d’autres maintenant… »

C’était comme dans un mauvais rêve, ça demeurait inimaginable une telle tragédie en si peu de temps… Les blessés en ont eu presqu’une année à s’en remettre et à sortir de l’hôpital… Ils ont subi des opérations et on leur a mis des tiges d’acier dans les hanches pour réparer leurs blessures.

Nous avions passé toute une année à voyager, leur rendre visite et les encourager, car ils en avaient tellement besoin. Nous étions dans notre première année de mariage et Line naissait au mois de mai suivant en 1960.

Ce grand bonheur arrivait à point.

À suivre…

9 réflexions sur “Histoire de la famille Thibault – onzième partie

  1. Quelle catastrophe, en effet! Très rares sont ceux et celles qui ont pu traverser, plus ou moins indemnes, pareille épreuve. Ça devait être terrible d’apprendre que sa famille avait été décimée de pareille façon. On dit que le temps efface les peines, mais dans certains cas, la tache prend beaucoup plus de temps à s’effacer. Et ce sont dans des occasions comme celles-là que le soutien familial prend tout son sens.

    • Touchant témoignage qui démontrent la force de se relever de cette épreuve.
      Se souvenir de ceux qui nous ont quitté physiquement, mais qui sont toujours auprès de nous.
      C’est pour ça que j’écris et que je laisse ma plume à ceux qui veulent partager.

      Demain c’est la dernière partie de vos mémoires, mais je vais tout ficeler cela après le jour de l’An.

  2. Je suis bouche bée ce matin, les mots me manquent, on est tombé dans l’irréel comme dans un mauvais rêve,le pire cauchemar, mais le réveil s’est fait bien réel. Les familles se sont relevées avec courage et ce sont tous des gens de cœur et de famille. Je suis heureuse d’en faire partie, ils ont leur lieu de rencontre, en topographie leur est destinée: l’Anse Charron avec vue sur le fleuve à Colombier. Ils se rassemblent ayant maintenant chacun leur chalet et partagent leurs expériences de vie. Ils sont de belles et bonnes personnes. Ils ne peuvent oublier la perte de leurs parents et les conséquences d’un tel accident sur leur vie étant si jeunes à cette époque.

  3. C’est un concours malheureux de circonstances qui a apporté tous ces malheurs en même temps. Ce qui m’a fait sursauté ce matin, c’est la phrase de l’Évêque: Dieu éprouve ceux qu’il aime…Combien de fois avons-nous entendu ces déclarations qui se veulent consolantes mais qui à mon avis sont absurdes…La mort est définitive et tellement difficile à accepter qu’on veut prolonger la vie dans le futur…et ce, par toutes sortes de croyances religieuses ou ésotériques…
    Cette famille courageuse a traversé ces épreuves par la solidarité et en comprenant l’importance de la vie. Elle a fait preuve d’une belle résilience…Merci Denise, pour ce témoignage émouvant…

  4.  »Combien de fois avons-nous entendu ces déclarations qui se veulent consolantes mais qui à mon avis sont absurdes…La mort est définitive et tellement difficile à accepter qu’on veut prolonger la vie dans le futur…et ce, par toutes sortes de croyances religieuses ou ésotériques… »

    Tout à fait d’accord, Lise-Andrée

  5. Merci à tous! c’est par des bonnes paroles encourageantes et de soutien que des gens passent à travers leurs épreuves, ne se sentant pas seuls. Le partage fait du bien et met un baume sur la souffrance car un deuil désoriente une vie et milles questions se posent : le pourquoi, le comment. Tenter de reprendre le goût de vivre et de sourire, je me rappelle lorsque j’entendais quelques chansons ou pièces de musique préférées, le cœur meurtri avait de la difficulté à reprendre la joie et le plaisir comme si on n’y avait plus droit…

  6. Le souvenir de ceux que l’on a aimés demeure présent en nous de même que par l’histoire et la généalogie. Si on s’attarde dans la vie de chacun, on y trouve des moments plus difficiles…Ainsi en 1996 (l’année du déluge du Saguenay) ma maison a été inondée car le ruisseau qui longeait ma propriété ne pouvait s’écouler dans la rivière à cause du niveau d’eau. La rivière coulait derrière ma maison. En même temps, mon époux de 32 ans de mariage m’annonçait qu’il me quittait pour une femme de 15 ans plus jeune que moi. Dans la même période en automne, mon 4 pattes Suzuki (en traction arrière seulement) s’est mis à déraper en haut d’une grosse côte. Il y a un ravin très abrupt de 100 pieds de haut. Si mon camion plonge de l’avant, je me tue, s’il plonge de côté, je fais des tonneaux et je me tue…au dernier moment, mon véhicule commence à descendre par l’arrière. Il glisse comme un traîneau, les roues bloquées et va s’appuyer doucement côté passager contre une pierre grosse comme le camion. Mon camion a 5000.00 dollars de dommages, mon banc a reculé de 2 pieds. Je n’ai pas une égratignure, j’en sors indemne. Je lève la main et par un pur hasard, un automobiliste la voit et il vient à mon secours en m’aidant à remonter le ravin. J’allais manifester au Parlement ce samedi là. J’ai pris les dispositions avec le CAA et un conducteur obligeant m’a amenée au village où m’attendaient une amie et son mari. Le lendemain, je suis allée voir mon camion et c’est là que le choc nerveux s’est manifesté…
    J’ai vécu une année difficile…pendant une année, j’allais travailler en pleurant pendant le trajet qui durait 1h10 et la même chose au retour. Avec le temps, j’ai refait ma vie et je suis très heureuse…La vie est tellement précieuse…je goûte à chaque minute et j’espère pouvoir le faire jusqu’à la fin…

  7. Ma chère Lison,
    Ton récit m’a interpellée et je vois que tu as eu toi aussi ton lot de malchances…je retiens: Je lève la main et un automobiliste la voit…parfois il y a quelqu’un pour nous au bon moment, on dit souvent un ange passe…on considère que ce n’est notre tour.Maintenant tu as retrouvé le bonheur et la joie de vivre et c’est le plus important, ta vie continue de plus belle… et tu sais l’apprécier.

    Beau texte Lison très inspirant.

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