Histoire de la famille Thibault – deuxième partie

Mes parents

parents en 1948

Marie-Louise Parent et David Thibault

Maman avait fait ses études à l’École normale de Mont-Joli et était une institutrice avec son brevet d’enseignement. Durant ses études, elle avait habité chez sa grand-mère maternelle. Elle a enseigné avant son mariage et a connu papa. Puis ils se sont mariés et ils sont partis vivre sur un lot de colonisation en Gaspésie.

Ils eurent 13 enfants dont 11 sont demeurés vivants jusqu’en :
2002 : décès de Réginald au début de la soixantaine
2010 : décès de Gilbert 71 ans
2012 : décès de Jocelyne 64 ans

Maman et Papa se sont installés dans le bas du fleuve après leur mariage sur un lot que le gouvernement offrait aux jeunes couples pour la colonisation : Saint-Étienne de Restigouche dans la paroisse de St-Fidèle-de-Restigouche, maintenant tous ces villages sont fermés et les maisons ont été déménagées par leur propriétaire à Pointe à La Croix, mes parents disaient : Cross Point New-Brunswick.

À propos de St-Fidèle
Tiré de ce site:
http://stfidele.restigouche.net/

St Fidèle, un petit village perdu dans le temps

Un petit village qui en 1938 était habité par 120 familles, familles qui avaient suivi la première arrivée vers 1830-31, celle de Mr. François Grégoire et de Madeleine Garon, venue de la Beauce.
En date de sa fermeture on y compte 6 familles seulement.
Un beau petit village, tranquille, pittoresque, formé de gens pauvres mais heureux, se satisfaisant de peu. Mais notre cher gouvernement ne veut plus faire l’entretien de la route alors on vide le village.
Aujourd’hui il ne reste que le cimetière comme preuve qu’un jour il y avait des cloches d’église qui sonnaient ici, il y avait des rires et pleurs d’enfants, des parents qui se cassaient les reins à gagner la vie pour leur famille, des chevaux qui menaient les gens à leur but l’été et le moteur des « snow » qui se faisaient entendre l’hiver, il y avait de la musique qui jouait à la patinoire, Mr Rioux et Mr Bujold derrière leur comptoir au magasin, un petit bureau de poste de rien, des arbres qui tombaient sous la hache des hommes, les galettes qui cuisaient dans les fours des femmes et de belles lignées de linge battaient au vent.
Mais aujourd’hui le village n’a que des fantômes qui s’y promènent silencieusement la nuit, à moins qu’il y ait des retrouvailles. Ah! il ne faut surtout pas oublier, les ramasseurs de fraises et de pommes, les chasseurs, les abatteurs de bois en gros qui détruisent les forêts, les gros camions qui sortent ce bois en détruisant les chemins.
Mon pauvre St-Fidèle avec tes chemins troués et tes montagnes une fois si belle maintenant dénudées.

Papa défrichait et ensemençait, maman faisait un grand jardin et cultivait ses légumes pour nourrir la famille. Mon père cultivait la terre et l’hiver il partait pour les chantiers à la coupe du bois, il fallait parfois aller en régions éloignées tel que la Côte-Nord : Sept-Îles, Port-Cartier pour gagner la vie de sa famille.

Maman s’occupait avec ses garçons les plus vieux de la famille et ils allaient soigner les animaux : nourriture et entretien. Nous avions : cheval, vaches, moutons, poules qui nous fournissaient les œufs et la viande, quand les poules commençaient à vieillir, pondaient moins, au printemps, maman recommençait en achetant de jeunes poulets qu’elle s’occupait à nourrir et à garder au chaud dans un couvoir.
Donc, nous avions tout pour vivre : la viande de bœuf, de porc et de poulet, le lait, la crème pour faire le beurre, les légumes variés, patates en quantité suffisante pour attendre les prochaines semences et une nouvelle récolte.

Papa faisait boucherie de bœuf et de porc et passait une fois semaine le vendredi par les maisons vendre sa viande à St-Conrad et à Lalverne, des localités avoisinantes près de Pointe-à-la-Croix.

Nous avions du hareng frais que maman mettait en saumure et elle en faisait de bons pâtés le vendredi, car c’était une journée où on ne servait pas de viande, c’était un jour maigre… la religion était ainsi et surtout durant les 40 jours du carême.

Nous avions la visite du curé de la paroisse, une fois par année, un dimanche en après-midi. Il faisait sa visite paroissiale et quand les mamans avaient des bébés assez vieux, il leur demandait pourquoi ils empêchaient la famille, les sermonnait… Maman nous disait que le curé interdisait la danse, parce que la danse se faisait coller et pouvait donner de mauvaises pensées aux hommes s’ils devaient changer de partenaires pour danser un quadrille.

Maman tricotait et faisait des bas de laine avec une machine à tricoter, en vendait pour se faire quelques sous des grands bouts de jambe de bas comme un long tube et les gens coupaient à la longueur désirée, en tricotaient les pieds, leur tricot était bien vite achevé. Les bas usaient vite pour les travailleurs, mais ils étaient plus chauds, c’était tricoté avec de la laine de mouton, c’était bien avant que la laine soit renforcée de nylon. Elle cousait notre linge, de belles petites robes, et même faisait nos sous-vêtements avant que nous devenions trop fières et ayons de l’argent pour nous en acheter du tout fait.

Mes parents avaient la foi et ne manquait jamais la messe du dimanche. On était à une distance de 5 milles de l’église et, en hiver, les chemins n’étaient pas ouverts. On prenait moyennant 25 sous par personne le service du snowmobile.

Neige  en fête

Source Facebook  Neige en fête

Le conducteur avait ce moyen de transport pour apporter la malle à chaque jour au bureau de poste ou une urgence si quelqu’un était mal pris ou très malade pour le conduire à l’hôpital.

Mon père avait toujours des médailles dans son porte-monnaie et nous disait : ainsi je ne manquerai jamais d’argent. Dans son camion toujours la médaille de St-Christophe, protecteur du voyageur….

À suivre…

Note

Si vous  ne  lisez  pas les commentaires  de Lise-Andrée…

Que de plaisir à lire ce texte. Les souvenirs qui démontrent l’ingéniosité des Québécoises de cette époque pour survivre sont à souligner. Cela vaudrait la peine d’insérer une photo d’une snowmobile. Ce n’est pas une motoneige même s’il y a des patins dessous. À St-Raymond dans Portneuf lors du festival des neiges, il y a une parade de snowmobile.

Le temps des bouchers qui passaient par les maisons, je l’ai connu aussi. Tout me rappelle dans votre récit le temps de ma grand-mère.

Ces femmes cardaient, filaient la laine de leurs moutons. Elles cultivaient le lin pour les draps et le linge fin. Elles tissaient des couvertures pour les lits, fabriquaient les vêtements. Lorsque les manteaux des adultes étaient usés, elles les retournaient pour faire des manteaux pour les enfants. Ces femmes étaient fortes, elles travaillaient dur, elles étaient enceintes pratiquement à l’année. Il n’y avait pas de couches jetables, elles cuisinaient dans la chaleur du poêle à bois. Les gâteaux se brassaient à la main… Toute une époque où elles géraient la bonne marche de leur foyer, sans avoir le droit de vote, sans pouvoir utiliser la contraception, sans pouvoir signer un contrat, sans pouvoir signer un bail, sans pouvoir emprunter de l’argent… elles étaient mineures aux yeux de la loi. Elles frôlaient les feux de l’enfer si elles osaient empêcher la famille… la contraception était interdite.

Merci Denise de nous avoir partagé ces beaux souvenirs d’une époque révolue… À cette époque le pain était petit… ces femmes exceptionnelles nous ont laissé des traditions que nous aimons revivre dans cette période des
J’ai hâte de lire la suite…

Lise-Andrée

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15 réflexions sur “Histoire de la famille Thibault – deuxième partie

  1. J’adore cette narration si vivante, si attachante, Denise. Et quelle mémoire! C’est comme si on y était… À la lecture, on se laisse porter vers une époque durant laquelle le quotidien était, en apparence du moins, plus simple, où les gens se connaissaient et s’entraidaient, une époque clairement révolue, mais tellement riche en souvenirs de toutes sortes.
    Avec Lise-Andrée et Denise, ce blogue a maintenant ses deux conteuses officielles!
    Bravo, Mesdames.

  2. Merci à vous deux de vos si beaux commentaires! vous savez que de faire revivre ses parents en ce temps des Fêtes, quel bon moment de se rappeler! on se réunira et on discutera tous en mangeant de bons plats traditionnels, rien ne me rend plus heureuse que d’ entendre mes enfants discuter de leurs grands-parents en mangeant une pâtisserie avec la recette de leur grand-mère lorsque nous étions tous réunis 40 à table, et je leur reviens mes enfants avec les mêmes recettes, je suis traditionnelle dans ces grands moments et je veux les faire perdurer…. et ainsi on se souvient…

  3. Que de plaisir à lire ce texte. Les souvenirs qui démontrent l’ingéniosité des Québécoises de cette époque pour survivre sont à souligner. Cela vaudrait la peine d’insérer une photo d’une snowmobile. Ce n’est pas une motoneige même s’il y a des patins dessous. À St-Raymond dans Portneuf lors du festival des neiges, il y a une parade de snowmobile.

    Le temps des bouchers qui passaient par les maisons, je l’ai connu aussi. Tout me rappelle dans votre récit le temps de ma grand-mère.

    Ces femmes cardaient, filaient la laine de leurs moutons. Elles cultivaient le lin pour les draps et le linge fin. Elles tissaient des couvertures pour les lits, fabriquaient les vêtements. Lorsque les manteaux des adultes étaient usés, elles les retournaient pour faire des manteaux pour les enfants. Ces femmes étaient fortes, elles travaillaient dur, elles étaient enceintes pratiquement à l’année. Il n’y avait pas de couches jetables, elles cuisinaient dans la chaleur du poêle à bois. Les gâteaux se brassaient à la main… Toute une époque où elles géraient la bonne marche de leur foyer, sans avoir le droit de vote, sans pouvoir utiliser la contraception, sans pouvoir signer un contrat, sans pouvoir signer un bail, sans pouvoir emprunter de l’argent… elles étaient mineures aux yeux de la loi. Elles frôlaient les feux de l’enfer si elles osaient empêcher la famille… la contraception était interdite.

    Merci Denise de nous avoir partagé ces beaux souvenirs d’une époque révolue… À cette époque le pain était petit… ces femmes exceptionnelles nous ont laissé des traditions que nous aimons revivre dans cette période des
    J’ai hâte de lire la suite…

    Lise-Andrée

    • Moi j’ai hâte de lire votre prochain commentaire.
      Pour la snowmobile, le ski-doo… je ne suis pas un expert, et je ne voudrais pas mettre n’importe quoi.
      Envoyez-moi une vieille photo pour la mettre.

  4. Merci Lise-Andrée tu es exceptionnelle, ce que tu composes bien! … et tu me rejoins dans tes beaux souvenirs. Je vais essayer de revenir avec un snowmobile. A+

  5. Chère Denise,
    Notre façon d’écrire présente des similitudes. Nous sommes certainement deux visuelles. Je te retourne le compliment car ton écriture projette des images dans ma tête. C’est comme si je regardais un beau film.
    Lise-Andrée

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