Les photos des voyages de pêche et de chasse de la famille Morin

Le texte de Lise-Andrée Morin en reprise

Mon père avait onze ans et son père 37 ans lorsqu’il est décédé. Mon grand-oncle Paul, célibataire, importateur chez Perkins & sons a servi de figure paternelle à mon père.

Papa et grand-oncle Paul avec leurs truites

Durant de nombreuses années, les clubs de pêche étaient privés. Mon grand-oncle Paul avait 2 camps de pêche, un à Lizotte et l’autre au grand lac Écarté qui avait neuf milles de long. Pendant plusieurs années mon oncle a fréquenté le club Lizotte.

camp Lizotte

Puis, mon père est devenu son organisateur et planificateur pour tout ce qui touchait à la pêche et à la chasse. Mon oncle avait une chambre à l’année au Château Frontenac. C’était pour ses affaires. Il avait une auto, une Packard noire. Pour l’époque, les personnes qui avaient des autos étaient rares. La planification des voyages de pêche et chasse se faisaient au Château Frontenac autour d’un bon repas bien arrosé payé par l’Oncle Paul.

Les participants décidaient des dates de voyages de chasse et pêche. Ils décidaient aussi quelles personnes seraient invitées à chaque voyage. C’était tout un honneur de l’être, les places étaient rares à cause de l’organisation pratique et des moyens de transport lors du déroulement du voyage. Ce qui était le plus stimulant, c’était la grosseur des truites mouchetées. Une livre, c’était de petites truites, les truites de deux et trois livres étaient la norme. Les belles truites de cinq livres étaient fréquentes. Imaginer le plaisir de les avoir au bout de la ligne…

Papa et Oncle Paul avec leurs truites

Mon père était présent à chacun d’entre eux. Il devait penser à tout en tant qu’organisateur. L’hiver, il engageait un homme du club Lizotte pour couper du bois de chauffage et récolter de la glace dans le lac afin que la cabane soit prête pour servir de frigidaire durant l’été. Pour éviter que la glace ne fonde trop vite, on la recouvrait de brin de scie. La cabane était située côté nord à l’abri des grands arbres.

camp du lac Écarté

Il fallait s’assurer d’avoir de l’huile pour les lampes.

A cette époque, la pêche se faisant avec des menés vivants, des mouches et des vers de pêche. Mon père s’occupait des mouches et des vers. Le gardien s’occupait des menés. Mon père planifiait la nourriture pour 8 à 10 jours et toutes les nécessités. Pour le petit boire, qu’ils appelaient du sapin blanc, ils apportaient de l’alcool à 94 % qu’ils diluaient par la suite. Les santés au sapin blanc étaient nombreuses. Il fallait organiser les bagages de façon à ce qu’ils puissent être transportés facilement lors des portages. Il fallait aussi penser à l’essence pour le moteur.

Puis venait l’heure du départ. Tous les bagages étaient apportés sur le quai de la gare. Le train Québec-Chicoutimi s’arrêtait à la gare de Charlesbourg au pied de la côte du Roi. Lorsque tout le monde était embarqué avec armes et bagages, le train partait en direction de Rivière-à-Pierre pour se diriger vers la Tuque. À ce moment-là, la route qui longe la Tuque et la rivière St-Maurice n’existait pas. On s’y rendait par train. Pendant le voyage, on sortait les cartes et les petits drinks, mon père apportait son banjo et animait leur wagon surtout constitué par des pêcheurs qui s’en allaient dans leur club privé.

Le conducteur du train faisait des arrêts spéciaux pour les pêcheurs et chasseurs. Arrivé au lac Mirage du Club Lizotte, tout le monde portait les bagages à l’intérieur du camp de bois rond situé en face du chemin de fer. Un souper était préparé par mon père, le cuisinier officiel. Quelques parties de cartes plus tard, tous étaient invités à se coucher pour être en forme le lendemain.

Au lever, tout le monde se préparait pour le grand voyage qui durait 7 à 8 heures les menant au camp du lac Écarté. En effet, il fallait traverser plusieurs lacs (Mirage, des Pins, une passe en canot pour le transport des bagages, le Lac à sec, le lac Écarté) avant d’y arriver.

25 photos - Copie (6)

À chaque lac, il y avait des chaloupes ou canot dans les cabanes. Il fallait aussi transporter tous les bagages dans des portages plus ou moins long et faire plusieurs allers-retours dans les sentiers. Oncle Paul portait toujours son chapeau écossais à pompon. Il tenait aussi une cloche à vache qu’il actionnait vigoureusement dans les portages. Il avait peur des ours et il voulait les éloigner. Avec la chaleur et les mouches c’était pénible. Puis ils arrivaient au camp rouge du Lac Écarté. Ils sortaient la chaloupe qui mesurait 25 pieds de long. Cette grosse chaloupe devait transporter 4 à 5 passagers en plus des bagages.

25 photos - Copie (13)

Mon père conduisait le moteur parmi les nombreuses passes du lac. Il devait être visuel car il ne se trompait jamais malgré la brume ou la pluie qui pouvait survenir durant le voyage.

Après une journée d’efforts, ils arrivaient enfin au camp. Les aliments étaient mis au frais dans la cabane à glace. Papa préparait une bonne soupe sur le poêle à bois. Il l’appelait sa soupe à $25. Il mettait les grosses pièces de viande à cuire durant la nuit. C’était urgent de protéger les aliments. Le lendemain, ils planifiaient d’aller à la pêche dans les endroits nommés : aux fesses de Madame Girard, au trou du Père Douville, à l’île aux pets, aux bleuets, à la pointe à Floumen, etc.

Ces voyages de pêche étaient fructueux tant au niveau de la chasse que de la pêche. Tels qu’en font foi les photos. Il y avait beaucoup de petits drinks et de parties de cartes. Le matin en se levant, la question était : as-tu des poils dans le nez? (Traduction : as-tu besoin de prendre un autre verre pour te remonter?)

Une année, durant l’hiver, l’homme engagé n’avait pu remplir la cabane à glace. Une très mauvaise surprise pour les pêcheurs à leur premier voyage de la saison. Mon père suggère de faire cuire les viandes puis de les enfouir sous la mousse situé au nord. C’est encore le printemps, il y a encore de la glace au sol. Il creuse un grand trou, y dépose les chaudrons de fer. Puis il remplit le trou avec de la mousse et de la glace prise dans le bois.

Le soir, il se couche après une soirée de cartes et de rires. Le lendemain, mon père propose des œufs et du jambon à la ronde. Il part pour sa cachette chercher le jambon. En arrivant, il s’aperçoit que le trou a été vidé. Ses chaudrons portent des traces de griffes et toute la viande a disparue. C’est la catastrophe…Ils ont une semaine de pêche devant eux et presque plus rien à manger. Ils décident donc de capturer le coupable. Tout indique que c’est un ours de bonne taille vu la grosseur de ses empreintes. Depuis 2 ans, les pêcheurs se plaignent des ravages que fait cet ours qui défonce portes et fenêtres des camps pour trouver de la nourriture.

Ils conviennent d’installer un piège à ours qu’ils attachent avec une chaine enroulée autour d’une grosse épinette. Puis, ils suspendent la cloche de l’Oncle Paul de façon à être prévenus lorsque l’ours sera capturé. La journée se passe à pêcher pour alimenter les estomacs. Le soir venu, le jeu de cartes est sorti, les parties s’accumulent tout en buvant des petits verres de sapins blanc.

À un moment donné, Maurice Renaud sort sur la véranda pour soulager sa vessie. Tout à coup, il entre en coup de vent en criant : la cloche sonne. On ne le prend pas au sérieux, on lui dit qu’il est chaud et qu’il a entendu des cloches toute sa vie. Devant son insistance, un autre va voir ce qu’il en est. C’est confirmé, la cloche sonne. Mon père prend son fusil, l’autre une lampe. Il fait très noir dans le bois, le temps s’est couvert. Ils entendent l’ours grogner et ils voient qu’il se gruge la patte. Tout le monde est énervé. Mon père s’aperçoit que le magasin de son fusil est vide. Il demande à l’Oncle Paul d’aller chercher les balles. Mon oncle repart à la course avec la lampe, les autres sont dans le noir, ils ont peur. L’ours, lorsqu’il est pris, a l’habitude de ronger sa patte pour se libérer. Ses grognements sont terrifiants…

Finalement, l’Oncle Paul arrive avec les balles. Mon père tire l’ours puis l’achève pour abréger ses souffrances. Parmi les pêcheurs, il y a un boucher qui se dépêche d’ouvrir l’animal pour lui retirer ses viscères. Puis, ils retournent au camp en prenant un autre petit verre pour se remettre de leurs émotions. Le lendemain, le boucher a dépecé l’ours afin de nourrir tout le monde. Des pêcheurs croisés durant la pêche du jour ont offert les restes de leur nourriture puisqu’ils s’en allaient le lendemain. Ce fut accepté avec joie. Finalement, l’aventure s’est bien terminée car avec la viande d’ours, la truite et les aliments offerts, ils ont pu terminer leur voyage sans souffrir de la faim.

Cette aventure a beaucoup marqué mon père, il a raconté cette histoire dans un numéro de chasse et pêche.

Moi qui ai le cœur tendre, je n’ai jamais pu tirer une seule balle pour tuer un animal. Il semble que ceux qui aiment chasser, tirent beaucoup de plaisir dans cette activité. Mon père était de ceux-là et mes oncles aussi.

Lise-Andrée

 

***

Les photos maintenant…

Première série

1) Maurice Renaud, un ami de mon père avec ses truites

Maurice Renaud

2) Oncle Paul (avec le bérêt écossais) et Jean-Marie Chantal, un ami dans la grosse Berta

Oncle Paul et Jean-Marie Chantal

 

3) Chasse à la perdrix, mon père Charles-Henri à l’avant

Chasse à la perdrix - mon père à l’avant

4) Grand-oncle Paul Morin et oncle Paul-Émile Morin, le frère de papa. Le pauvre hibou s’est pris dans un collet à lièvre.

Oncle Paul et oncle Paul-Émile

5) Jean-Paul, un cousin de Papa, face à l’orignal qu’il vient d’abattre.

Jean-Paul cousin de Papa

6) cousin Jean-Paul et l’orignal

cousin Jean-Paul

7) cousin Jean-Paul avec le panache et le guide monsieur Joncas

cousin Jean-Paul avec le panache et le guide monsieur Joncas

8) Grand-oncle Paul et mon père Charles-Henri devant leur orignal en octobre 1950

Oncle Paul et mon père devant leur orignal en octobre 1950

9) Cousin Jean-Paul et grand-oncle Paul

Cousin Jean-Paul et Oncle Paul

10) Papa et grand-oncle Paul et l’orignal. Remarquez le chapeau à Pompon du grand-oncle Paul.

Papa et Oncle Paul et l’orignal

11) Cousin Jean-Paul, grand-oncle Paul et le gardien Charles Joncas, chasse à la perdrix

Cousin Jean-Paul Oncle Paul et le gardien Charles Joncas

12) Chasse sous la tente: le gardien Joncas, grand-oncle Paul, Paul-Émile et Maurice les frères de Papa

le gardien Joncas Oncle Paul Paul-Émile et Maurice les frères de Papa

13) Une fesse d’orignal

Une fesse d’orignal

14) Chasse sous la tente à la passe du lac Écarté. Le gardien, grand-oncle Paul, Paul-Émile frère de papa, et papa

Le gardien - Oncle Paul - Paul-Émile frère de papa et papa

15) Papa et ses truites

Papa et ses truites

16) Grand-oncle Paul et le cousin de Papa Jean Morin au Camp du lac Écarté

Oncle Paul et le cousin de Papa Jean Morin au Camp du lac Écarté

Deuxième série

1) Au camp du Lac Lizotte, mon père et grand-oncle Paul. Grand-oncle Paul est le plus jeune enfant de la famille de mon grand-père François-Albert.

mon père et Oncle Paul

2) Papa et grand-oncle Paul avec leurs truites

Papa et Oncle Paul avec leurs truites

3) Grand-oncle Paul et papa sur la véranda au Lac Écarté

Oncle Paul et papa sur la véranda au lac Écarté

4) Grand-oncle Paul et papa sur la véranda au Lac Écarté

Oncle Paul et papa

5) Roger Forgues et sa truite. Un ami de papa

Roger Forgues et sa truite

6) Souper sur la véranda

Souper sur la véranda

7) Un des portages en canot entre les lacs

Un des portages en canot entre les lacs

Troisième série

1) Camp à Lizotte

camp Lizotte

2) Au lac Écarté, Paul-Émile, le gardien, papa et grand-oncle Paul

Papa et grand-oncle Paul avec leurs truites

3) Le camp du lac Écarté

camp du lac Écarté

4) Papa et grand-oncle Paul

Grand-oncle Paul et papa sur la véranda au Lac Écarté 1

5) Portage sur les lacs

portage sur le lac

6) Partage dans les passes de la rivière

portage dans les passes de rivières

7) Le camp rouge est un petit camp servant d’abri dans les portages.

petit camp

8) Grand-oncle Paul et ses truites

grand-oncle Paul et ses truites

 

9) Papa et ses truites. Les sceptiques seront confondus comme disait mon père.

mai 1955

 

10) Papa et ses truites

papa avec ses truites

11) Papa et grand-oncle Paul

Charles-Henri et grand-oncle Paul

12) Au camp du lac de Lizotte

25 photos - Copie (14)

13) La grosse Berta avec le bagage

 

25 photos - Copie (13)

14) Le camp du lac Écarté

25 photos - Copie (17)

15) La chaloupe est pleine d’orignaux pour le retour au Lac Lizotte à travers les lacs et les passes. Mon père n’était pas très grand et gros, mais il était très fort. Il avait suivi l’entraînement de l’armée. Ils devaient transporter le moteur, la truite, les bagages, les morceaux d’orignal. La façon de transporter des charges lourdes étaient des sangles aux épaules, autour de la taille et sur le front.

25 photos - Copie (15)

16) Grand-oncle Paul et Papa sur la véranda

25 photos - Copie (16)

17) Ma mère en 1949. Elle sera la première à prendre une truite de 3 lbs.

25 photos - Copie (18)

18) Papa et cousin Jean-Paul à l’Écarté

25 photos - Copie (19)

 

19) Paul-Émile, le gardien, cousin Jean-Paul et grand-oncle Paul

25 photos - Copie (20)

20) Camp au lac Écarté

25 photos - Copie (21)

21) Major Piché (le boss de Papa qui était sergent-major jusqu’à sa retraite)

25 photos - Copie (24)

 

22) Ma mère et moi. Ma mère est enceinte de mon frère Guy qui naîtra la veille de ma fête.

25 photos - Copie (25)

23) C’est remarquable de voir que malgré les nombreux voyages que mes frères et moi avons faits au lac Écarté et à Lizotte, (j’en ai fait pas loin d’une dizaine) il n’y ait  aucune photo de nous.
La caméra de mon père devait être brisée
Guy

Guy est à droite…

frère de Lise-Andrée

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11 réflexions sur “Les photos des voyages de pêche et de chasse de la famille Morin

  1. Quel beau récit Lise-André si bien raconté, Bravo! que de beaux souvenirs de tes parents… ton histoire est tellement imagée ça ressemble à un bon film de chasse et pêche…les petits moments cocasses sont drôles, on s’ imagine faire partie du voyage…

  2. Avez-vous remarqué que dans le temps, chasser et pêcher étaient surtout une affaire de gars.
    Les photos de femmes sont plus rares. Ce sont surtout les garçons qui étaient invités. Je mesure le chemin fait par les femmes depuis 60 ans. Aujourd’hui, nous allons toujours à la pêche en famille…il n’y a plus de ségrégation. Mon grand-oncle était un vieux garçon qui disait toujours: pas de femme…Les nombreux sapins blancs qui étaient bus lors de leur voyage ne souffraient sans doute pas de la probable censure des femmes…et de leur propension à faire du ménage…

  3. Comme d’habitude, j’étais soit pas encore au monde ou soit trop jeune pour me rappeler des détails des voyages de pêche et de chasse de mon père. J’imagine les nombreux plaisirs avec ses frères et oncle Paul en prenant leur petite  » santé » avant de partir à la pêche. Ce sont de beaux souvenirs à partager!!

    Pierre

  4. Ce sont de très belles photos, la narration est excellente. Ils ont vécu de très bons moments ensemble… des sourires qui en disent long…
    Merci encore pour tous ces beaux partages.
    Bye Gigi xxx

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