L’orphelinat Mont d’Youville de Québec – un texte de Lise-Andrée

Cette semaine, j’ai visionné la Passion d’Augustine et cela m’a rappelé des souvenirs de mon séjour à l’orphelinat Mont d’Youville de Québec.

Tout d’abord, je dois vous dire que ma première année d’école à six ans, de même que ma deuxième année ne se sont pas bien passées. Ma mère me tenait la main pour écrire, je n’étais pas autonome pour mes besoins de tous les jours. J’étais trop entourée par Maman. Puis, ma mère attend un enfant et cela ne se passe pas bien. La décision de placer ses trois enfants est prise. Mon père, orphelin à l’âge de 11 ans a passé de nombreuses années à l’orphelinat, car sa mère devait travailler pour faire vivre ses six enfants. Mes parents sont trop pauvres pour payer des pensionnats, l’orphelinat est une alternative que mes parents choisissent. La cousine de mon père, religieuse chez les Ursulines est présente à l’orphelinat et pourra s’occuper de ma sœur (4 ans et moi-même (sept ans). Ma petite sœur ne pourra jamais s’adapter à cette vie et rapidement Maman la reprend avec elle. Mon frère arrivé à six ans y séjournera 2 ans et moi 4 ans.

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À l’époque, les orphelinats étaient nécessaires pour prendre soin des nombreux enfants abandonnés à la crèche à cause de la pression sociale. Ces enfants n’avaient pu trouver de parents adoptifs durant leur séjour à la crèche. C’était aussi une forme d’assistance sociale. La mission de l’orphelinat consistait à prendre soin des enfants mais aussi de leur trouver un nouveau foyer. Les besoins étaient très grands et les moyens limités.

La vie à l’orphelinat était réglée comme du papier à musique. En même temps, c’était réconfortant et sécurisant.

Compte tenu de mes piètres résultats scolaires, il a été décidé de me faire doubler ma deuxième année. Une décision qui allait changer ma vie. La personne qui m’a ouvert l’esprit était mon professeur d’histoire sainte. Elle racontait de merveilleuses histoires. Comme je suis visuelle, ses histoires prenaient vie dans ma tête et c’est ce qui m’a fait aimer l’école et permis d’ouvrir mon esprit à l’enseignement. Rapidement, j’ai récupéré mon retard scolaire, je me suis tenue dans les premières de classe dans toutes les matières. Finalement, on m’a fait sauter ma troisième année. J’ai trouvé cela difficile car je n’avais pas appris la multiplication à un chiffre et je devais en faire à deux chiffres. Après une année, j’avais réussi à tout compenser. J’aimais recevoir des prix pour mes résultats scolaires. Je peux dire que cette religieuse m’a ouvert la porte et m’a fait aimer l’école. J’ai finalement étudié toute ma vie, apprendre est un must pour moi. Je peux dire que les matières enseignées étaient moins nombreuses qu’aujourd’hui mais les enseignements étaient en profondeur. Nous avions en plus une période d’étude encadrée après les cours. La langue française et la religion étaient des matières très importantes. Écrire avec des fautes étaient honteux. Encore aujourd’hui, je ne peux écrire un texte sans me demander si l’orthographe et la syntaxe sont correctes.

Lorsque je suis arrivée à l’orphelinat, on m’a attribué la case 19 et trois supports pour mon linge. Notre costume était composé d’une camisole, de culottes à grandes manches qui descendaient jusqu’aux genoux. Des bas de coton épais tenus par des jarretières, un jupon de coton, une besace avec des cordons que l’on plaçait par-dessus le jupon, une robe à manche longue qui montait jusqu’au cou. Puis, un grand tablier par-dessus pour ne pas se salir. C’était chaud en été.

Chaque soir, on nous couchait à 7 heures. Nous devions faire une prière commune avant de dormir. Pour la nuit, nous portions une jaquette longue qui couvrait tout le corps. Nous dormions dans un dortoir dans de petits lits de fer. Une cinquantaine de lits environ. La religieuse qui surveillait le dortoir avait une cabine pour dormir. Presque qu’à toutes les nuits, j’allais la réveiller car j’avais mal aux oreilles. Elle me soignait et j’allais me recoucher. La décence et la pudeur étaient de mise. Nous devions dormir sur le dos, les mains sur le dessus des couvertures. Plus tard, j’ai compris pourquoi, il ne fallait pas favoriser le péché de chair.

Le lever se faisait à 6 heures, après la prière du matin, il fallait s’habiller entièrement en dessous de la jaquette. Ensuite, c’était la messe chaque matin, puis le petit déjeuner. Ensuite, nous allions faire notre ménage avant d’aller en classe. Pour le bain, une fois par semaine, il fallait porter une jaquette comme à l’hôpital. Nous ne devions jamais voir notre corps. Tous les jeudis, nous devions passer à la séance pour détecter les poux de tête. Tous nos cheveux étaient coupés courts.

À chaque semaine, mon père venait au parloir pour voir ses enfants. Il nous apportait des fruits que les religieuses plaçaient dans une armoire pour ensuite nous permettre de les consommer graduellement à chaque collation. Vers 16h, nous avions droit à une tartine de mélasse. Les repas étaient simples, le gruau pas toujours lisse, les pommes de terre avaient un goût bizarre parfois. La nourriture était toujours suffisante. Dans les grands réfectoires, chaque enfant avait un tiroir contenant sa vaisselle. Après le repas, nous devions la laver dans un bassin que l’on plaçait sur chaque table. Nous devions aider au ménage. J’époussetais une centaine de chaises chaque jour. Pour l’entretien des planchers, on nous alignait sur toute la longueur de la salle et chacune avait une bande de plancher de bois à cirer. Ensuite, on enfilait des bas de laine et l’on glissait en s’amusant pour faire luire le plancher.

Chaque mois, il y avait des fugues, car les orphelins voulaient vivre ailleurs et sortir de leur milieu de vie. Il y avait des personnes charitables qui donnaient des cadeaux pour le temps de Fêtes et la remise des prix scolaires. Nous avions deux sorties principales : l’une était de prendre le train pour aller à Ste-Anne de Beaupré et l’autre consistait à visiter le jardin zoologique. C’était un réel bonheur pour les enfants.

C’est certain que l’affection et les embrassades avec les religieuses n’étaient pas à l’ordre du jour. Cependant, elles prenaient soin de nous. Il y avait beaucoup de dévouement de leur part.

Lorsque nous avons décidé d’avoir une société laïque et que toutes les responsabilités sociales comme l’éducation et la santé leur ont été retirées, cela a dû être très difficile pour elles. Il y a eu des abus de la part des religieux si l’on en croit les récits des victimes.

Pour ma part, je n’ai pas connu d’abus. J’ai de la reconnaissance envers celles qui ont pris soin de moi à un moment difficile pour ma famille. Le film la Passion d’Augustine m’a permis de me rappeler ce bout de mon enfance.

Ce que j’ai compris aussi et que je répète souvent : Ce n’est pas ce qui t’arrive qui est important mais la façon dont tu le vois et l’analyse. Le changement est toujours difficile, avons-nous toujours le goût de changer ce qui doit l’être?

J’ai puisé dans le coffre au trésor que m’ont donné mes grands-parents, la capacité de vivre du bonheur chaque jour malgré l’adversité. Cet automne particulièrement beau par sa luminosité et ses couleurs nous rappelle la beauté du monde et la joie d’y vivre.

Lise-Andrée

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14 réflexions sur “L’orphelinat Mont d’Youville de Québec – un texte de Lise-Andrée

    • Bonjour,
      Hier, je me demandais qui vous étiez. Ce matin, j’ai cliqué sur votre nom et je vous ai découvert. Je l’avoue, je suis très impressionnée par la richesse de votre écriture et de vos articles. Je me suis abonnée à votre blogue. Je vais vous lire avec attention et savourer vos écrits.
      Lise-Andrée

  1. En effet, c’est toujours difficile de se lancer dans l’écriture publique. On se demande toujours si ce que l’on écrit sera apprécié des lecteurs.
    Les commentaires positifs sont rassurants et nous encouragent à continuer. Merci

    • L’important, c’est avoir quelque chose à partager et les commentaires négatifs sont souvent plus utiles. Le plus sage est de faire le deuil de ce qui nous rassure et d’entretenir la flamme qui nous pousse à partager. On finit toujours par progresser, tôt ou tard, avec ou sans commentaires rassurants🙂

      • Je suis d’accord avec vous. Pour les premiers pas cependant, c’était plus facile de recevoir un peu d’encouragement. Les critiques positives permettent d’avancer et de se corriger. Les sujets que j’ai abordés ne prêtent pas à la polémique. Il y en aura qui seront plus délicats et qui font partie de notre histoire. La politique, la religion, la société québécoise sont de ceux-là. J’aurai la chance d’avoir des échanges constructifs avec des personnes authentiques comme je le pressens de plusieurs d’entre vous.

        Lise-Andrée

  2.  »Écrire avec des fautes étaient honteux. »

    Le hasard est parfois cruel, Lise-Andrée!😀

    Je te taquine. J’ai lu avec grand intérêt cette page de vie. Les jeunes d’aujourd’hui l’ont facile et ne s’en rendent même pas compte. Quoique… autres temps, autres problèmes, diront certains.

    Une jeunesse passée à l’orphelinat, ça doit marquer… et très longtemps. En bien comme en mal. Tu auras eu de la chance dans ta malchance. Tu as été bien entourée par des parents qui t’aimaient, comme par celles qui étaient chargées de ton instruction à l’intérieur de l’institution. Et l’éducation que tu as reçue étant petite t’aura accompagnée le reste de ta vie.

    Bravo à toi pour être devenue, à force de courage et de ténacité, la femme sensible et intelligente que tu es devenue aujourd’hui.

  3. Bonsoir Michel,
    Ton commentaire m’a fait grandement plaisir. Je te l’avoue…je l’attendais.
    Mon cher ami, je suis honteuse. Ecrire avec des fautes était honteux. Voilà c’est corrigé.
    Lise-Andrée

  4.  »Ton commentaire m’a fait grandement plaisir. Je te l’avoue…je l’attendais. »

    Euh… un p’tit peu difficile à interpréter/décoder. Tu l’attendais, pour des raisons grammaticales? Si c’est le cas, rassure-toi : j’ai déjà vu et lu BIEN pire.

    Si c’est pour d’autres raisons, alors là, il faudra éclairer ma lanterne.

    • Mon cher Michel,
      Ma remarque voulait montrer que tes commentaires sont importants pour moi. L’intelligence de tes propos, ton sens de l’humour , tes échanges avec Pierre m’ont permis de t’apprécier sans te connaître autrement que par l’écriture. Tes remarques opportunes sur plusieurs sujets me révèlent une personne de grande qualité. J’apprécie l’humour et tes taquineries me ravissent car c’est une belle marque d’intérêt.

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